La bataille de l'attention
Par Kristof Berg, Saturday 19 August 2006 à 07:06 :: idea Log° :: #65 :: rss
Un article du Monde : "Help ! la Net génération s'ennuie", par Jean-Michel Dumay m'a rappellé un problème auquel j'avais été confronté à Singapour : la bataille de l'attention ou comment faire face à évolution des habitudes de vie avec les nouveaux outils mobiles (lecteur MP3, Wifi, tél mobile...). Plus largement ce problème touche tout auteur de jeu : comment appréhender le multi-tâches, multi-zapping & le papillonage qui n'émergent plus mais explosent avec les technos mobiles et ultra-portables.Comme le rappelle Jean-Michel Dumay en introduction de son article du Monde (lien), :
si vous aviez 12 ou 15 ans, vous liriez probablement ces lignes, au choix : en consultant vos e-mails, en "chattant" sur le logiciel de messagerie instantanée Messenger, en écoutant la musique installée sur votre lecteur MP3, en appelant l'un de vos amis sur votre téléphone portable, en jouant sur votre Game boy dernier cri et/ou en regardant la vidéo qui s'anime au loin sur votre téléviseur.
Le Geekus-Connectus,
Même après cet age, j'ai bien connu ce phénomène à Singapour avec des étudiants entre 18 et 22 ans. L'utilisation de multiples outils aussi mobiles que communicants est largement banalisé jusque dans les salles de classes... d'où un inventaire à la Prevet assez similaire comportant au minimum : un ordi ultra portable avec wifi - donc tchat, forums, voie, webcam..., téléphone mobile/appareil photo et fatalement un lecteur Video/MP3/radio.
Pas besoin d'être extra-lucide pour réaliser qu'il devient quasi-inhumain pour un nomade connecté de la sorte de se lancer dans une tâche en étant "OffLine" - similaire de petite mort pour le true-wired-geek - avec un impact direct sur la capacité à se concentrer, à focaliser son attention plus de 15sec... Le (ou la) "Geekus-Connectus" est le prince induscutable de l'expérimentation, l'as de l'évaluation, le pro du stockage & échange de montagnes de données numériques, il est par contre beaucoup moins dissert sur les questions de finalité et de sens. Et comme le rappelle Jean-Michel Dumay, le comble c'est qu'il arrive encore à s'ennuyer 0_0 Il s'installe dans une lassitude, dans un désir jamais assouvi de nouveautés et pour certains dans une frustration de ne pouvoir à chaque instant voir ou entendre quelque chose de nouveau... à force de balayer le réseau, l'mpression de déjà-vu, déjà-entendu s'installe : "Aahh ouais ca. Je connais déjà.". L'information se périme aussi vite que le flux se propage. La vitesse de propagation semble être l'indicateur de la vitesse à laquelle la nouveauté va basculer dans le banal, le dépassé puis le has-been avant le grand saut dans la corbeille.
Dévier le flux,
Les meilleurs résultats, que j'ai pu obtenir pour mobiliser mes étudiants et les deconnecter, sont venus lors des phases de prototypages et de beta-tests : ils se sont pris aux jeux ! Le prototypage manuel a été le plus efficace de loin... Imaginer, concevoir, construire, bricoler sont parvenus à detourner le flux 30mn, puis 45mn puis 4h. Le salut viendra peut-être du "Do-it-Yourself". L'implication par l'action simple, voir répétitive - aah le bonheur simple de découper 60 cartes cartonnées, les itérations élémentaires qui progressivement libèrent l'esprit du flux.
Même si les portables - ordi et tél - restent à proximité.
Jouer un luxe,
Le jeu demande une attention, une implication des joueurs voire une immersion... alors qui aura encore le loisir de JOUER dans 5 ans ?
Une activité futile qui demande de s'y plonger, de se concentrer un instant, de se couper du monde, du temps pour découvrir puis approfondir... assez rapidement cela va devenir un luxe voir un abandon.
Fragmentation,
Déjà les blogs, les jeux en ligne utilisent l'artifice "chunk it". Le jeu est décomposé en épisodes - j'en sais quelque chose - le blog fournit des fragments d'informations par flux... une fois fragmentés, ces éléments deviennent digestes et peuvent contribuer au festin frénétique des boulimiques-enligne d'extraits. La force de ces fragments tient dans leur vitesse de propagation grâce à la facilité à les dupliquer, les insérer, les échanger. La presse quotidienne essaye de suivre ce rythme effréné poussée par les gratuits et leur format - sorte de compilé de fragments d'informations illustrées à ingurgiter façon expressos serrés par shots successifs aux heures d'affluence et entre les arrêts dans les transports en communs.
Deconnection,
Le temps d'attention effectif baisse, la concentration devient une valeur obsolète, l'approfondissement s'apparente à une érrance inutile et la contemplation est perçue comme un mode d'observation d'une autre époque... une seule solution : deconnection ^_^


Commentaires
1. Le Monday 21 August 2006 à 04:32, par Kristof Berg
2. Le Thursday 31 August 2006 à 13:59, par toinito
3. Le Thursday 31 August 2006 à 15:07, par Kristof Berg
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