série metagame : Partie de dames à Singapour.
Par Kristof Berg, Saturday 30 September 2006 à 09:35 :: idea Log° :: #66 :: rss
L'idée de metagame renvoie à un transfert de créativité de l'auteur vers les joueurs, les joueurs ont un rôle plus actifs, qui peut aller jusqu'à transformer le jeu. C'est un retour en arrière d'une certaine façon et plus particulièrement à une pratique très courante dans les jeux abstraits à 2... Les joueurs s'entendent sur une règle, quitte modifier la règle initiale, fabriquent leur matériel, ajoutent souvent une mise, se créent des codes, des combinaisons de jeu, les rencontres deviennent autant un spectacle avec un enjeu qu'une simple partie de jeu de pions. Une groupe de joueurs se forme, des relations - complicité, rivalité - émergent, une façon particulière de jouer se démarque, quelques parties d'exception rentrent dans les petites légendes de la place...Une intéressante illustration de cette idée est la forme que prend une simple partie de Dames à Singapour (cet article a été publié dans JSP Mag en 2005).
Un samedi du mois de février 2005, je suis tombé par bonheur sur une partie très disputée alors que je me rendais vers Little India, le quartier indien de Singapour. Sur une jolie place ombragée, un petit nombre de tables accueillent une quinzaine de vieux chinois amateurs du jeu de Dames.
Singapour est une «citée république» du Sud Est asiatique subtil mélange de jardin tropical luxuriant et de citée financière ultra moderne, le tout concentré sur une petite île au sud de la Malaysie. Ile de contrastes, les jardins débordent d’orchidées sauvages alors que les traders se pressent entre les tours de verres de la citée financière, au centre de laquelle se cache un très traditionnel clubhouse de cricket datant la période anglaise. La population est majoritairement d’origine chinoise (80%) et a profité de nombreuses influences Européennes, Indiennes et Malaise. Ce melting-pot, favorisé par un des ports les plus dynamiques de la région, a offert à ce petit pays une richesse culinaire incroyable avec une fusion de cuisines européennes, indiennes et asiatiques. Cela a sans doute favorisé la circulation des jeux, ce qui expliquerait la présence de cette variante Sri Lankaise du jeu de Dames.
La place semble avoir été adoptée comme lieu de rendez-vous par les joueurs du quartier. Ils ont improvisé des infrastructures afin s’adonner à leur jeu favori dans les meilleures conditions. Le matériel y est simple mais fonctionnel. Les plateaux sont scotchés sur de simples planches posées sur des tréteaux. Les pions sont fait à partir de pièces en bois d’échecs chinois, qui ont été couvertes de papier peint en fluo. Les couleurs très vives évitent toute contestation quand à l’appartenance des pions en cours de partie. Un café voisin assure l’hydratation régulière des joueurs.
Cette version a des règles identiques aux jeu dames international, avec la particularité qu’elle se joue sur un plateau de 144 cases soit un 12x12 avec 30 pions de chaque couleur situées sur les cinq premières rangées de chaque joueur. Elle est issue des règles dites française ou polonaise et ai principalement joué au Canada et au Sri-Lanka. A noter que les pièces capturées ne s'enlèvent du jeu que lorsque la prise complète est terminée, et on ne peut pas passer 2 fois sur une pièce prise.
J’observe avec intérêt l’importance du spectacle qui est ici aussi important que le plaisir de jouer. Ainsi s’il y a 4-5 tables de jeu libres, la quinzaine de chinois présents s’est groupée autour d’une table de jeu pour suivre la partie à enjeu entre les 2 stars du quartier. Elle a débuté par la remise d’un pion par le joueur qui entame la partie. Les premiers enchaînements sont joués de façon ultra rapide. La partie est animée et commentée de toutes parts. Chaque spectateur fait part de son analyse des forces en présence et de ses impressions. Les joueurs semblent connaître des combinaisons types et les signalent par un simple claquement de pion avant de récupérer les pièces prises. Un moment clé du milieu de la partie prend le public par surprise et plonge l’ensemble des spectateurs dans le doute le plus complet. Le héros local serait il en train de perdre ? Ce serait il fait prendre à son propre jeu ? A-t-il abordé la partie de façon trop désinvolte ? Il sourit largement, visiblement très confiant. L’assistance continue à s’agiter devant les combinaisons obscures jouées. La conduite de la partie ne semble pas être habituelle tant elle anime les commentateurs. Et là surprise, l’adversaire pose sa main sur le côté du plateau pour signaler qu’il abandonne. Cris de stupeurs et d’admirations du public en délire saluent la fin de la partie. Avec son jeu non conventionnel, le gagnant a réussit à bloquer son adverse avec des prises forcées et se placer en position pour remporter la partie. Belle maîtrise du jeu et superbe ambiance ! Très discrètement un billet de 10$ est échangé entre les deux joueurs. Quelques tables sont occupées par des spectateurs pour y rejouer la partie.
C'est suite à cette partie que je me suis dit que mon prochain projet allait s'appeller "metagama" et que je voulais chercher à retrouver ce plaisir autour des jeux.
Pour plus d'images sur Singapour et la Malaysie, promenez vous avec les carnets de route.



Commentaires
1. Le Sunday 3 February 2008 à 10:26, par T-viet
2. Le Friday 7 March 2008 à 08:19, par Kristof Berg
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