(découverte ciné) Eye in The Sky
Par Kristof Berg, Monday 31 December 2007 à 16:08 :: idea Log° :: #71 :: rss
Une bonne résolution pour l'année 2008 : Arrêtez de pleurer la fin du polar à la française, de regretter le génie du grand Melville ou les dialogues lumineux d'Audiard !! Attardez vous sur quelques bons films de genres venus de l'extrême orient et en particulier de Hong-Kong ! Afin de bien commencer, je vous conseille d'aller voir Eye in The Sky ou Filatures, le titre de la version française qui sort le 02 janvier. Voilà un film intéressant et captivant qui pourrait être sous-titré "Surveillance" puisqu'il s'attache tout particulièrement à ce sujet d'actualité. Si vous vous pensez cerné par les caméras de surveillance, vous avez une seconde bonne raison d'aller au cinéma le plus proche. Bref, j'ai bien accroché et je vous propose une présentation de ce bon film de genre... en vous souhaitant une bonne séance ^_^
Vol SQ323, Amsterdam - SingapourDébut novembre, en plein vol pour un petit séjour à Singapour (voir le photorama... et oui, j'avoue à part manger, je ne sais plus ce que j'ai fait), je jouissais des plaisirs de la vie à bord de la magique Singapore Airlines. Tout en surfant sur la liste pléthorique de films disponibles à la demande, je fus intrigué par un film de Honk-Kong : Eye in The Sky (le site officiel) ! A 10 000 mètres d'altitude, je replongeais dans la fascinante ville de Hong-Kong.
Souvenirs... quand je bossais à Singapour, profitant du semi-marathon de Hong-Kong, je suis allé me perdre un week-end dans cette cité hyper-urbaine. Juste le temps d'être subjugué par l'énergie qui se dégage des silhouettes pressées qui se faufilent dans la foule compacte, les buildings qui grattent les sombres nuages de pollution, les échafaudages en bambou qui s'élèvent à perte de vue, l'ambiance si particulière le dimanche matin au levé du jour dans le parc Kwoloon, les petits étales à tous les coins de rues dont se dégage la vapeur des bouillons et des dim-sum. Et aussi il faut bien l'avouer, de réaliser que jamais je ne pourrais vivre dans une ville comme Hong-Kong.
Les conditions particulières de cette première séance expliquent que je ne sois pas tout à fait impartial au sujet de ce film ! Je vais essayer malgré tout de rester les pieds sur terre en commençant par la présentation de l'équipe du film.
Les chiens ne font pas des chatsLes amateurs de polars Hong-Kongais sur les triades, caïds et autres règlements de comptes entre les clans familiaux connaissent le prolifique réalisateur-producteur Johnnie To (sélection toute subjective : Election 1 & 2, Exiled, Triangle, plus d'infos via sa filmo IMDB) ! Et bien Yau Nai Hoi le réalisateur de Eye in the Sky, est un de ses scénaristes attitrés. Il passe pour la première fois de l'écriture à la réalisation. Johnnie To reste à ses côtés, il est l'un des producteurs du film. Si vous avez vu Election - de Johnnie To - vous connaissez déjà la moitié du casting de Eye In The Sky et êtes familier avec le style du film. Le mérite de Yau Nai Hoi est d'avoir réussi à sortir de l'univers très typé de son maitre à réaliser pour s'attarder sur le thème de la surveillance, de l'observation.
Entrons dans une société où l'on peut de plus en plus voir sans être vu.
Un premier film...
Qui est bien écrit, là s'exprime toute l'expérience confirmé de scénariste du jeune réalisateur, mais aussi et surtout très astucieusement filmé, bien rythmé où l'on retrouve un équipe d'acteurs tous très convaincants.
Au coeur du Criminal Intelligence Bureau (CIB)Le CIB, est une unité spéciale de la police Hong-kongaise dont les agents se font passer pour des quidams. Ils sont doués et entrainés à s'adapter à tout type de contextes afin mener des missions de surveillance incognito. Ces faux quidams sont en permanence soutenus par une équipe, aux yeux rougis par le reflets de leurs écrans plats, qui scrute en continu les milliers d'images en provenance 24h/24 des caméras de surveillance disposées dans tous les recoins de l'ile-cité. Le film traite du thème de la surveillance, des chasses-croisés entre la police et les malfrats, de l'art et la manière de se fondre dans la masse pour voir sans être vu. On suit les premiers pas d'une jeune recrue Bo (la jolie Kate Tsui) au sein de cette unité d'élite et sa découverte chaotique des ficèles du métier grâce à la bienveillance de son mentor le capitaine Huang (Simon Yam), joyeux blagueur bedonnant. Discrétion oblige, tout ce petit monde répond à de doux sobriquets : "tête de chien" pour le capitaine, "petite cochonne" pour la jeune Bo. L'histoire se déroule le temps de la formation in-situ de la jeune inspectrice à l'art de la filoche. A la suite d'un casse d'une bijouterie rondement mené, un certain "gros plein de soupe" (Fatman, joué par Lam Suet) se fait repérer. Il va mener l'équipe au reste de la bande et à prendre en chasse le redoutable boss, Chen (incarné par Tony Leung).
Trame de fonds et thème intéressantsOn peut aimer ou pas les polars hong-kongais et celui-ci ne fait pas exception, c'est bel et bien un film de genre très typé. Mais je trouve le sujet de l'observation vraiment intéressant. Il prend un reflet particulier avec cet axe spécifique de la surveillance via les réseaux de caméras, les outils numériques de filtrages/sélection/visionnage, et leurs utilisations par des unités spéciales pour suivre, rechercher, traquer, confondre les honnêtes citoyens que nous sommes tous. Ce système de surveillance distribué et réparti à l'échelle de cette cité ultra dense et hyper-urbanisée prend la forme d'une sorte de dieu numérique qui s'arroge le droit de juger le bien et le mal. Bien sûr cela se révèle pas si simple. On se trompe, se croise, s'observe, se fait repérer... Le système ne sera jamais exempt de ratés, c'est là sans doute sa seule dimension humaine, mais aussi ce qui pose le plus de question quand à sa légitimité. Surtout quand on sait qu'il existe et est en place à Hong-Kong. Et qu'il y a fort à parier qu'un tel système s'est déjà invité à Singapour, Londres, ... Amsterdam... Paris et ...
Amis paranos, réveillez-vous ! Vous avez enfin une vraie raison d'avoir chaud dans le dos... Soyez sûr que ce matin, comme tous les autres dans ce métro en retard et encore bondé, celui ou celle qui s'est pressé là tout contre vous, vous observe !
Depuis j'ai pris la sage décision de rester confortablement caler dans le sofa avec mon chat !... quoique le connaissant un peu, je devrais peut-être me méfier, lui aussi m'observe sans doute -_^



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