J-1

Samedi après-midi, on vient de monter dans le petit train local qui nous conduit de Nyon à Saint Cergue et déjà, Kristof exhulte : il est au pays de Heidi et il est heureux. Le soleil brille, la montagne est belle, on est en vacances, bref, tout va bien.

Dès notre arrivée, nous sommes impressionnés par l'organisation : il y a une trentaine de bénévoles pour seulement une petite centaine de coureurs ! Il faut dire qu'il en faut de la logistigue : deux équipes pour le balisage et deux équipe pour enlever le balisage, une équipe pour le départ, 3 postes de ravitaillement, une équipe pour le finish, des gens pour transporter nos affaires du point de dpart au point d'arrivée, d'autres pour conduire les coureurs du 175 K sur leur point départ, et parfois quelques personnes pour contrôler le traffic automobile à certains points sensibles. Tout ce petit monde est bien sûr complété par une équipe en cuisine et une équipe de masseurs. Bref, il s'agit d'une grosse artillerie qui s'active juste pour notre plaisir de courir.

Nous prenons le premier dîner avec le groupe et nous écoutons attentivement le premier briefing. Ensuite tout le monde va sagement préparer ses affaires pour le lendemain et déjà on remarque qu'il y a des petits détails auxquels nous n'avions pas pensés. Certains coureurs sont venus avec des pochettes plastiques pour protéger le dossard qu'il nous faudra porter 7 jours d'affilée quelles ques soient les conditions météo, il y a ceux qui ont fait plastifier le road book des étapes pour pouvoir le consulter en permanence pendant les épreuves, d'autres ont emporté une bouilloire électrique, et bien d'autres astuces encore que nous découvrirons au fil des étapes.

Jour J

La première nuit se passe plutôt bien (merci les boules quies) et nous nous préparons dans la bonne humeur. Au briefing hier soir on nous a annoncé la canicule pour dimanche. On s'attend à avoir chaud, très chaud. Il faudra boire, beaucoup boire et s'habiller léger. Je fais donc le choix de mon plus beau complet adidas, casquette incluse et je me tartine abondamment de crème solaire. Je prévois les lunettes de soleil, je remplis complètement la poche d'eau de mon sac à dos. Je passe une dernière fois aux toilettes : voilà, je suis prête.

On se rend tous ensemble (coureurs du K350 et du K175) en bus à Genève et on assiste au départ du K 350, parfaitement synchronisé avec la mise en marche du célèbre jet d'eau.

swiss jura marathon Nous ne sommes qu'une douzaine de coureurs sur le K 175 et nous faisons vite connaissance. On nous transporte vers Borex, qui sera à la fois le point de ravitaillement numéro 2 du K 350 et notre point de départ. Sur la route un orage terrible s'abat. A ce moment là on comprend qu'on va plus courir sous la pluie que la canicule et je me dis qu'à la limite, je préfère. Ce à quoi je n'avais pas pensé, c'est que des pluies torrentielles plusieurs jours d'affilée, ça vous transforme un sentier en ruisseau, un pierrier en patinoire avec obstacles et surtout, les pâturages en champs de boue abondamment labourés par les vaches.

Poste de ravitaillement numéro 2

Nous prendrons toujours notre départ au niveau du poste de ravitaillement numéro 2 de la course "complète", les 350 K. En cette première journée, nous avons le plaisir de constater que l'organisation est parfaite et que tout est prévu au ravitaillement : barres de céréales, fruits secs, bananes, pommes, eau, boisson énergétique, thé, bouillon, et, bien entendu, le Rivella national ^_^. Il y a tellement de choses qu'on aurait presque envie de rester plutôt que d'aller courir. Nous ne sommes pas habitués à boire et encore moins à manger en courant et il nous faudra plusieurs jours pour trouver ce qui nous convient le mieux.

Singing in the rain

Environ 15 minutes avant notre départ, les leaders du 350 K arrivent déjà, trempés par l'orage, déjà tout crottés et très concentrés.

A 10h00 pétantes (nous sommes en Suisse), le départ est donné, sous la pluie. Ca commence par un gentil faux-plat montant que l'on court tranquille en peloton. Très vite, la pluie se calme, je me sens bien et je suis tout simplement heureuse d'être là. Kristof me prend la main et je ne peux retenir un sourire béat.

Les choses sérieuses commencent
swiss jura marathon Après 2 ou 3 km sur route, on entre dans la forêt et la première montée commence. Au début, c'est un joli sentier forestier, un peu boueux, plutôt pierreux et déjà très glissant. Par endroit le chemin se transforme en ruisseau. Kristof prend habillement le commandement des opérations. J'essaye de le suivre mais il va trop vite. Très rapidement les mollets brûlent et j'opte pour une alternance de marche et de course à petit train.

Il y a un autre couple sur le 175 K: Manuela et Roland, tous les deux Suisses-Allemands. Ils me dépassent dans la côte. Roland semble très à l'aise et Manuela a une foulée remarquable dans les montées : très économique, toujours à la limite entre la course et la marche. Et quand elle marche en montée, elle va deux fois plus vite que moi. Bientôt ils ont plus de 500 m d'avance.

swiss jura marathon Puis arrive une portion goudronnée sur laquelle je les rattrape. A partir de là, je vais rester avec eux, Roland ouvre la voie et je me cale derrière Manuela en mode automatique et je ne réfléchis plus. Ils me rendent un immense service pour cette première étape. D'abord, il est toujours plus facile de trouver son chemin en plein brouillard quand on est 3, et en plus, c'est plus facile de relancer quand on n'est pas seule. Heureusement qu'ils sont là.

Le premier sommet

swiss jura marathon Plus on monte et plus le brouillard s'épaissit et la visibilité est vraiment réduite. Il y a du vent, je suis trempée et j'ai presque froid. Après le poste de ravitaillement (que je ne vois pas car les bénévoles se sont mis à l'abri dans une grange), le sol est horriblement gras (je ne le sais pas encore mais ce sera de pire en pire les jours suivants, merci mesdames les vaches -_^) et on ne sait vraiment plus où mettre les pieds. Ca glisse, ça s'enfonce, ça colle quand on veut lever le pied, ça rentre dans la chaussure, ça reste sous la semelle et c'est lourd. On est obligé de marcher la plupart du temps.
Enfin on arrive au point culminant et, erreur de débutant, je me réjouis un peu vite. Certes, il ne reste "que" 7 km, mais c'est très technique (enfin, je trouve ça technique pour un premier jour). Je suis obligée de marcher dans de nombreux passages, et de m'arrêter pour resserrer mes lacets.

On se lâche

J'ai peur de glisser sur les pierres, j'ai les yeux plein de larmes et dois m'arrêter tous les 50 m pour m'essuyer les yeux. Roland est parti devant et Manuela, prudente, descend à son rythme derrière moi.

swiss jura marathon
On traverse des pâturages et je ne suis pas très rassurée en traversant des troupeaux de vaches qui ne semblent elles complètement indifférentes à mon passage. Ca sent l'écurie. La fin est à moitié sur le goudron et je peux enfin me décontracter un peu et lâcher ma foulée.
swiss jura marathon

Je termine fatiguée mais heureuse. Je m'empresse de rejoindre Kristof pour qui la journée s'est bien passée aussi. On se reposerait bien sur nos lauriers mais demain, il faut remettre ça !!