Le Swiss Jura Marathon K350 : En Chiffres
  • 7 étapes en 7 jours sur les crêtes des moyennes montagnes du Jura Suisse.
  • 350km de course à pied nature avec 11000 m de dénivelée positive et autant de négative
  • de 45 à 56 km et +/- 1750 m de dénivelée par étape
Voir la première partie de mon carnet de route en images et le billet sur mon alimentation pendant la course.

Etape 4 : Fleurier (743 m) - La Chaux de Fonds (1020 m)
  • Distance : 47 km
  • Dénivelé : +2020/-1760
  • Altitude mini : 730 m (Noiraigue)
  • Altitude maxi : 1415 m (Mont Racine)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 02h28
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 02h42
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 06h37


Les habitués de la course m'ont prévenue : c'est l'étape la plus dure. Certes, il n'y a "que" 47 km mais les répétitions de montées et descentes raides et techniques en font un parcours très exigeant. Surtout, le 4ème jour est une vraie charnière, tant psychologique que physique. Bien gérer cette étape signifie sans doute finir la course. Le ton est donné. Il faudra être prudente. Je me suis réveillée cette nuit à 2h du matin et j'en ai profité pour prendre mon petit déjeuner. Je me sens donc beaucoup mieux ce matin : mon ventre me remercie de ce délai supplémentaire pour la digestion.

Swiss Jura Marathon 2009C'est avec envie que je me présente sur la ligne de départ malgré la pluie battante. Je suis heureuse de vivre cette expérience. Chaque jour est pour moi une découverte de mon corps, de mon moral, de ma patience. J'en redemande. Et puis, aujourd'hui, je sais qu'une belle surprise m'attend. Heidi du forum couriraufeminin.com doit m'attendre à la Tête de Ran au niveau du R3.

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 4

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 4On commence en petites foulées sur la route. Déjà les hommes de têtes s'envolent mais je reste concentrée sur mon allure. Comme la pente est douce, je cours. Nous sommes dans la forêt, c'est vraiment très beau malgré la pluie et le brouillard. Les odeurs sont décuplées par l'humidité ambiante et le sous-bois se transforme en une véritable explosion olfactive. Mais le chemin devient de plus en plus raide et de plus en plus technique. De nombreux arbres sont couchés en travers ce qui me permet de mettre à profit mon gabarit : il est parfois plus pratique d'être petite et savoir se faufiler entre les branches que d'être grand et essayer d'enjamber les obstacles.

Je sens un petit creux arriver et je mange mes deux balles aux flocons d'avoine préparées la veille (voir le billet sur mon alimentation pendant la course : ). Anna me double juste avant le R1 (Creux du vent, 13 km, 1382 m) en plein brouillard. J'y laisse ma veste bois une ou deux gorgées d'eau et commence la descente (avant Anna qui s'arrête plus longtemps aux ravitaillements).

Je vais ensuite vivre 14 lacets de pur bonheur. Une descente parfaite, exactement comme je les aime, à croire qu'elle a été faite pour moi. C'est raide et technique juste comme il faut pour que je puisse courir relâchée mais totalement concentrée sur les pierres qui roulent et les racines qui traversent le chemin sans prévenir, sans parler des branches qui s'agitent au grès du vent. Je cours, je bondis de pierre en pierre, je m'éclate et je double une ribambelle de coureurs qui n'ont d'autre choix que de s'écarter pour me laisser courtoisement passer. Je vais vivre cette descente avec une extrême intensité à la fois mentale et physique. Mais si la tête s'est beaucoup amusée, le corps va me faire payer le prix de cette folie dans la prochaine montée. J'avais dit qu'il faudrait être prudente, c'est ça ?

Dans la montée suivante, raide comme une échelle et glissante comme une savonnette, je fais moins la fière. Mais peu importe, c'était vraiment trop bon. Et comme le sentier serpente dans une forêt absolument magnifique, je ne perds pas patience. je marche, je m'agrippe, bref, je fais ce que je peux mais je progresse. J'attends le sommet mais de sommet il n'y a pas vraiment puisque pendant 5 bons kilomètres, le parcours longe les crêtes en sous-bois. Ce chemin est tout simplement fabuleux. Ca monte, ça descend, ça tourne sur un tapis de feuilles d'où percent ça et là des pierres et des racines. Ce serait un pur régal si j'avais encore des jambes. Mais voilà, je les ai un peu laissées dans la descente de ce matin et la dernière ascension les a un peu plus vidées.

Seule petite ombre au tableau. J'ai faim. Vraiment faim. J'essaye de tromper mon estomac avec quelques gorgées d'eau mais il ne se laisse pas prendre au piège. J'ai mangé mes balles maison, je n'ai plus d'abricots secs. Heureusement il me reste un petit sachet de miel qui m'aide à patienter. Enfin, le R2 (La tourne, 27km, 1129 m), installé dans un petit abri-bus, est en vue. J'y récupère les deux dernières balles aux flocons d'avoine et quelques abricots secs, je bois de l'eau et mange 2 ou 3 morceaux de bananes. Ca redémarre par une montée de folie sur la route. Je marche pour digérer mon 4 heures.

Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009

Puis la pente redevient raisonnable et on enchaîne une succession de montées et descentes entrecoupées de faux-plats sur des chemins très roulants. C'est un peu long et dur pour le moral mais je m'occupe l'esprit en profitant du paysage et en faisant une petite pause pour cueillir une marguerite et en décorer mon sac-à-dos.

Swiss Jura Marathon 2009 Comme prévu, Heidi et son homme m'attendent juste avant le R3 (Tête de Ran, 37 km, 1325 m). L'espace d'un instant je suis une vraie star, poursuivie par des paparazzi. Merci Heidi d'être venue jusque là à ma rencontre, ça m'a fait un bien fou. La présence de mes supporters, leurs sourires et leurs encouragements réchauffent le coeur et redonne de la motivation. Après avoir empoché quelques abricots secs, et bu une gorgée d'eau, je décide de laisser mon sac et de finir la course "légère". Il ne reste que 10 km mais je me souviens qu'ils sont usants pour le moral.






Swiss Jura Marathon 2009 Je vais réussir à ne pas perdre patience et rester concentrée jusqu'à l'arrivée où là encore, un superbe comité d'accueil m'attend (Heidi et son mari et Lexulex). Ils avaient raison, ce fut une étape vraiment dure. D'ailleurs ce sera la plus lente pour moi de toute la course. Mais Heidi est un ange et non seulement elle nous propose gentiment de laver nos fringues qui puent mais en plus elle accompagne Kristof pour faire les courses pour le dîner. Encore merci. Le soir, ils nous rendent de nouveau visite et arrivent les bras chargés de cadeaux : bières artisanales, T-shirt et buff. Mais qu'avons-nous fait pour mériter tout ça ?

A 21h30, j'abandonne les festivités pour préparer mes affaires pour le lendemain et me concentrer sur la nouvelle étape. Demain est un autre jour.


Etape 5 : La Chaux-de-fonds (1020 m) - Bienne (Biel) (430 m)
  • Distance : 53 km
  • Dénivelé : +1520/-2090
  • Altitude mini : 430 m (Bienne)
  • Altitude maxi : 1607 m (Chasseral)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 03h13
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 03h17
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 06h16


La cinquième étape c'est du sérieux. Au menu aujourd'hui : deux grosses ascensions et deux énormes descentes, avec une fin bien casse-patte sur la route.

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 5

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 5

Mais nous n'en sommes pas encore là. Et on commence par remonter tout ce que l'on avait descendu la veille sur 4 bons kilomètres avant de bifurquer pour monter de plus belle. La vraie ascension peut démarrer. Anna me double de son pas léger mais je reste dans ma course. Après 11 km d'effort, nous sommes enfin au premier sommet de la journée (Mont D'Amin, 1417 m). Je me lance alors dans la descente avec (trop d') enthousiasme et lâche franchement les chevaux. Je double beaucoup de coureurs (dont Anna) à travers les pâturages et c'est grisant. Puis on termine en pente douce sur un superbe chemin en sous-bois bien caillouteux et en faux-plat descendant. L'endroit idéal en théorie pour faire un peu de vitesse. Je sais qu'à ce moment de la course, ce n'est pas raisonnable mais je ne peux pas me retenir, c'est trop bon.

J'arrive au R1 (la blanche Herbe, 15 km , 1030 m) avec le ventre déjà en vrac. Pas très malin. Je n'ai pas d'appétit et même boire me laisser une sensation bizarre sur le ventre. Je repars un peu mal en point, d'autant plus que le parcours emprunte un faux-plat montant un peu longuet sur la route. Le moral n'est pas au mieux. Ce n'est pas drôle de courir avec le mal au ventre. Enfin, on attaque la "vraie" ascension, celle du Chasseral. Je marche mais les douleurs ne passent pas. Je prends un immodium mais je dois attendre le R2 pour récupérer un domperidon.

Enfin le R2 (La Dame, 24 km, 1220 m). Je garde d'ailleurs un excellent souvenir de l'allée ombragée sous laquelle il est installé. J'y récupère mes "balles" et des carrés de chocolat et avale le fameux comprimé contre la nausée. Je ne touche pas aux abricots secs, je ne peux déjà plus les voir. Je reste sur mes balles (heureusement, j'en ai préparé 6 hier soir et je vais toutes les manger, dont la dernière après le R3) et le chocolat noir. Anna est juste derrière moi quand je reprends l'ascension. On se salue et s'encourage.

J'avais prudemment emporté du papier toilette et, désolée pour l'absence de glamour, aujourd'hui, il va vraiment me servir. Après m'être soulagé le ventre, je me sens déjà mieux même si j'ai connu des jours meilleurs. Disons que j'arrive de nouveau à courir ce qui est déjà un beau progrès.

La pluie nous cueille dans le début bien raide de l'ascension du Chasseral), histoire de rendre le terrain vraiment glissant, c'est tellement plus drôle. Sitôt ce mur passé, on arrive sur un petit chemin de crête tout caillouteux que j'aime tant. Il pleut, il fait froid, je glisse et je souris parce que je m'amuse comme une gamine entre les pierres. Je rattrape Mark. Quand nous sortons de ce chemin, le marquage a été enlevé et nous perdons pas mal de temps. Un groupe nous rejoint (dont Anna) avec un coureur Suisse (Thorsten) qui connait le parcours et nous montre la voie. Nous sommes comme des taches de couleurs dans un épais brouillard. Je termine la montée vers le Chasseral en petites foulées avec Anna. Les filles sont capables de discuter en toutes circonstances !

Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009
Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009

Enfin la descente tant attendue s'offre à moi. Mais elle est tellement boueuse et glissante que j'ai du mal à me faire autant plaisir que je le voudrais. En plus, le brouillard toujours aussi épais gêne la visibilité et j'ai du mal à repérer les rubalises. Le R3 (Zentralplatz, 38.5km, 1288 m) se fait un peu attendre après quelques passages de replat à travers les pâturages et la boue. J'y laisse mon sac après avoir récupéré ma dernière balle aux flocons d'avoine, avalé un ou deux morceaux de bananes et bus un peu d'eau. Je demande confirmation de la distance à parcourir aux bénévoles. L'un d'entre eux me lance "à peine 15km, une petite heure et c'est fini". Là, je rigole, parce que le jour où j'arriverai à faire 15 km en 1 heure après 40 km de trail n'est pas encore arrivé.

Swiss Jura Marathon 2009Mais cette partie de la descente est beaucoup plus facile alors je prends de la vitesse et rattrape pas mal de coureurs du K350 et du K175. La partie sur le goudron est terrible pour les pieds mais je reste décontractée et concentrée sur la souplesse de ma foulée. L'arrivée dans les gorges est grandiose même si l'absence de rubalise m'a un peu fait douter et donc un peu fait ralentir. En passant la ligne d'arrivée, je constate avec amusement que j'ai effectivement parcouru le dernier tronçon depuis le R3 en 1h02. Comme quoi rien n'est impossible.

Je serai très déçue par le camp militaire en sous-sol avec 5 ou 6 douches collectives mixtes en tout et pour tout mais je ne préfère pas y repenser. Plus que le manque de confort de cet hébergement, ce qui m'a le plus dérangée, c'est le manque d'humanité des organisateurs. Quand je suis allée leur dire qu'une douche mixte dans un vestiaire où nous avons tous rapporté de la boue et un lit qui grince dans une salle sans fenêtre avec le bruit permanent de travaux et de perceuses n'était pas ce que j'espérais trouver pour me reposer après avoir passé 6 h à courir sous la pluie, ils ont commencé par dire que j'avais tord puis que j'étais une chochotte et enfin une emmerdeuse. No comment.

Au bilan santé ce soir : je sens poindre une tendinite aux deux tendons d'Achille, surtout le gauche qui fait un méchant bruit de sable quand je le touche. Traitement au voltarène immédiat cette nuit !




Etape 6 : Bienne (430 m) - Balsthal (490 m)
  • Distance : 50 km
  • Dénivelé : +1780/-1720
  • Altitude mini : 430 m (Bienne)
  • Altitude maxi : 1445m (Hasenmatt)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 02h44 (avec Kristof)1
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 03h15 (avec une chute et 1km de plus)
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 06h25


Hier j'ai beaucoup donné et je ne me suis sans doute pas bien alimentée (peut-être aussi à cause de la prise de bec avec l'organisateur). Toujours est-t-il que je me suis réveillée à 22h30 et qu'à 23h30, je n'avais toujours pas retrouvé le sommeil. J'ai donc avalé mon petit déjeuner sans broncher et me suis ensuite rendormie comme un bébé après la tétée. J'ai de nouveau mangé quelques tranches de pumpernickel vers 4h30, histoire ne pas partir l'estomac complètement vide.

Je me souviens très bien de la sixième étape du K175 il y a deux ans. Le soleil avait enfin fait son apparition et je m'étais tout simplement régalée. L'enchainement quasi continu de montées et de descentes de toutes sortes en font un parcours très ludique.

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 6

Cette année, je me présente avec envie sur la ligne de départ. La petite prise de tête d'hier soir est oubliée. Et tout le monde semble beaucoup plus décontracté ce matin. Le soleil brille et nous caresse de sa douce chaleur. Ca rigole, ça papote, bref, ça sent la fin. Sauf que, il nous reste malgré tout 2 belles étapes à courir et il faut rester concentrée.

Swiss Jura Marathon 2009Alors, je pars doucement, d'autant plus que ça monte tout de suite. Anna s'envole et même Wilma me double. Et là, oh, surprise, j'ai faim après à peine 20 minutes de course. Heureusement, j'ai confectionné des petits sandwichs pumpernickel-miso. Globalement, la pente est douce et donc courable. Je reste au contact d'Anna au profit des petites descentes. Le R1 (Plagne, 8 km, 870 m) arrive alors que je n'ai vraiment rien vu passer. Dans le reste de l'ascension vers le Hasenmatt (1450 m), je ne perds pas patience, ce qui me permet d'arriver au R2 (Althüsi, 25 km, 1320 m) juste devant Anna.

Je me souviens très bien de cette grande ferme et de ce qui nous attend. L'idée de courir de nouveau ce tronçon me donne le sourire. Mais attention, il fait chaud aujourd'hui. Je prends donc la précaution de remplir un peu mon sac, prends le temps de manger quelques morceaux de bananes, récupère le reste de mes mini sandwichs et m'élance de nouveau. Lancée, je ne vais pas le rester longtemps. Je tiens tout juste le coup à travers la prairie puis capitule face au mur qui se dresse devant moi. La pente est tellement raide qu'elle ressemble à un escalier avec des marches gigantesques. Mais ça ne dure pas longtemps et je sais ce qui m'attend en haut : une vue sublime.

Et je ne suis pas déçue. La vue là-haut est absolument magnifique et je crie mon bonheur. C'est beau, c'est beau, c'est beau, ça me donne des frissons tellement c'est beau. Ca grimpouille encore un peu à travers les pâturages avant d'attaquer une belle descente.

Je rattrape les filles de tête du K175 qui se sont un peu perdues car le balisage a été arraché. Mais je me souviens très bien du parcours et je n'hésite pas une seconde quant à la direction à suiver. Je me sens bien. J'ai des ailes aujourd'hui. J'adore ce parcours. Au R3 (Hochchrüz, 37 km, 1050 m), je laisse mon sac et c'est une imprudence qui va me couter cher. Si la veille et l'avant-veille, c'est une tactique qui a marché, aujourd'hui, il fat beaucoup trop chaud, il y a encore des grimpettes et c'est un gros risque de rester aussi longtemps sans eau.

Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009
Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009

Mais l'heure est encore à la fête. Je suis toujours au contact des filles de tête du K175. Et décidément, j'adore ce passage de crêtes en forêt qui n'arrête pas de monter , descendre, tourner, sur un magnifique chemin couverts de feuilles avec des rochers, des racines et des branches partout. Il faut bondir, enchainer, relancer. C'est extrêmement ludique. J'ai le sourire banane. Que du bonheur.

Même si je m'amuse, voilà longtemps que je cours et il commence à faire soif. Heureusement que le sentier est à l'ombre ! Mais les bonnes choses ont une fin et le parcours sort de la forêt pour retrouver une succession de longs faux-plats en plein soleil. La motivation en prend un coup et l'allure aussi. Mais je ne me désunis pas et attends avec patience la dernière montée dont je garde le souvenir de quelque chose d'apparenté à une échelle avec des arbres autour. Enfin, elle arrive, et je suis plutôt contente parce que je commence à avoir vraiment soif.

Swiss Jura Marathon 2009

En haut de la montée, les souvenirs de l'éditions 2007 me reviennent une nouvelle fois à l'esprit. J'étais arrivée là en compagnie de Kristof et Urs, un coureur du K350. Un sourire me vient aux lèvres, et j'attaque la descente. Je suis heureuse d'être là, mais j'ai de plus en plus soif et je me suis cassé les jambes en jouant au cabri sur les crêtes. Je n'arrive pas à me relâcher dans la descente. Je freine, je me fais donc mal aux jambes et je perds du temps. Surtout, je m'amuse moins que prévu et j'ai de plus en plus soif. J'essaye de ne pas y penser et de juste profiter de ce magnifique chemin ombragé tout plein de cailloux et de racines comme je les aime.

Cette année le parcours a été rallongé sur la fin mais simplifié. Fini la descente abrupte dans le lit du torrent. Désormais, on court sur un très beau chemin blanc qui dessine de grands lacets. Ca devrait être en théorie une portion super facile où je pourrais de détendre et laisser tourner les jambes à bonne vitesse. Mais elles ne veulent plus. Je n'ai plus de jus. Je sens que je frise la panne sèche. J'essaye de me distraire en jetant un oeil par dessus les arbres sur la vallée dans un virage tout lisse et tout plat. Et patatra boum badaboum. Un moment d'inattention et me voilà par terre, étalée sur le côté gauche. Je me suis complètement retourné le majeur et l'annulaire de la main gauche et la hanche a pris le gros du choc.

Mon premier reflex et de me relever pour voir si je peux tenir debout. Mais je vois tout de suite des étoiles. La douleur à la main est intense et je sens que je suis sur le point de tomber dans les pommes. Un instinct de survie me fait chercher des abricots secs dans la poche de mon short. Des abricots secs quand on meurt de soif, ce n'est pas ce qu'il y a de plus appétissant mais là, j'ai juste besoin d'un peu de sucre et vite. Et ça marche ! Le sucre monte direct au cerveau et j'arrive à rester debout. Je vérifie que je peux encore bouger les doigts. Ca fait mal, mais c'est possible. Je fais quelques pas. La douleur à la hanche et supportable. Je mets alors le pilote automatique en route et reprends ma course.

Il me reste à peine 5 km mais qu'ils seront longs ! A l'arrivée, tout le monde s'inquiète de mon genou en sang. Ah ? J'ai le genou en sang ? J'avais pas remarqué. C'est aux doigts que j'ai mal ! Ce qui rassure les bénévoles "Ah bon, d'accord. De toutes façons, tu ne cours pas avec les doigts !". Certes. J'avale goulûment un bon litre d'eau. Ouf ! Ca fait du bien. Déjà j'y vois plus clair et me dirige alors vers la salle.

La première personne que je vois en arrivant, c'est Ramona, la chef des masseurs. Elle était là il y a deux ans. C'est une pro. Elle n'a pas nécessairement un grand sens de l'humour mais fait très bien son métier et est pleine d'empathie. Je lui montre mes doigts. Elle revient avec une petite fiole de potion magique. Elle m'en glisse une goutte sous la langue et en étale 2 autres sur mes doigts malades. Je ne pose aucune question. C'est sans doute bon pour ce que j'ai. Merci Ramona. Elle me conseille d'enlever mon alliance. "Mais il a triplé de volume !!". "Avec du savon ou de la graisse, tu vas y arriver". Si Ramona le dit, c'est que c'est possible.

Swiss Jura Marathon 2009 Sur cet entre-fait, je retrouve Krsitof qui a passé une super journée mais qui est inquiet de voir sa femme arriver toute amochée. Je raconte mon histoire, mange un petit quelque chose et file sous la douche. Ahh, toute cette eau. Comme c'est bon. Je m'attaque ensuite calmement à ma bague avec de la vaseline. Ca ne viendra jamais !! Mais en fait, à force de tourner-glisser, micron par micron, j'arrive à la retirer. Ce ne fut pas vraiment un moment de plaisir, mais c'est fait. Je vais ensuite faire soigner mes plaies (main, genou, hanche) et décide de m'offrir un massage. Aujourd'hui, je l'ai bien mérité.

Ramona est un ange et me masse avec beaucoup de délicatesse. C'est bon de se faire bichonner. Au passage, elle me félicite pour mes jambes, dont les muscles sont à peine contractés et donc prêts à recommencer demain. J'évoque les soucis de tendons d'Achille et mon traitement au voltarene. "Voltarene ist nicht gut. Mein Tape is better". Elle est en effet experte de cette nouvelle technique utilisant des bandages très fins accompagnant les flux d'énergie. Les bandes bleues conduisent le froid et les bandes roses, le chaud. C'est tout un concept. Il faut y croire. Elle y croit. J'ai confiance en elle. Elle me fait donc la plus jolie décoration de pieds/mollets que je n'aurais jamais. J'en suis très fière et vais me coucher de bonne humeur.

Swiss Jura Marathon 2009

Malgré tout, cette étape reste mon étape préférée. Non qu'elle soit facile mais elle est vraiment magnifique. Je referais le Swiss Jura juste pour le plaisir de cette étape !


Etape 7 : Balsthal - Bâle (Basel)
  • Distance : 52 km
  • Dénivelé : +1490/-1700
  • Altitude mini : 250 m (Birchmündung in Rhein)
  • Altitude maxi : 1204 m (Passwang)
  • Départ : 7h
  • Temps réalisé en 2007 sur la dernière partie : 02h15
  • Temps réalisé en 2009 sur la dernière partie : 02h21
  • Temps réalisé en 2009 sur l'étape : 05h53


Comment est-ce possible ? Déjà le dernier jour ! Le départ se fera en 3 vagues ce matin. D'abord à 6h30, le groupe de ceux qui prennent leur temps. Ensuite, à 7h, l'heure habituelle, le gros de la troupe (où Anna et moi serons les deux seules féminines). Enfin, à 7h30, les fous furieux, ceux qui courent plus vite que les pierres ne roulent de la montagne. Je suis contente de partir à la même heure que les autres jours. Ne rien changer aux habitudes. C'est certes la dernière étape mais c'est une étape quand même. A considérer avec autant d'attention que les autres.

Swiss Jura Marathon 2009 Stage 7

Je reçois de nombreux compliments pour mes magnifiques bandages et propose que puisque tout le monde trouve ça très beau, ils n'ont qu'à tous rester derrière moi jusqu'à Bâle ! Pour la première fois, le chronométreur va manquer le compte à rebours et donner le départ avec, pfiouh, 15 s de retard. Dès les premières foulées, je sens que je suis fatiguée. J'ai beaucoup pioché hier : la déshydratation, la chute, la douleur. Et ce mal au ventre qui ne me lâche pas. On commence par une longue montée assez douce mais je n'ai pas l'énergie de courir. Je me retrouve quasiment dernière de ce groupe. Sensation étrange. Mais ce n'est pas aujourd'hui que je vais forcer.

Kristof a décomposé l'étape en 4 parties pour moi : jusqu'au R1, s'échauffer. Entre R1 et R2, faire attention. Enter R2 et R3 faire preuve de patience. Et profiter au maximum sur la fin. Il me faudra en effet tout le tronçon jusqu'au R1 (Hof Sol, 13 km, 1000 m) pour m'échauffer. Les petites descentes qui suivent, m'aident à compenser partiellement mon retard sur Anna.

Avant même que je n'atteigne le sommet du Passwang (18 km, 1204 m), Csaba Nemeth (Hongrois), le leader incontesté du K350 me double. Il est parti avec 30 min de retard et me dépasse après à peine plus de 2h de course pour moi. Il est incroyable. Il a l'air super facile. Il ne court pas, il bondit. Il est parti léger, ni sac, ni ceinture, ni bouteille. Rien. Juste lui et ses jambes qui le propulsent vers le sommet. Je suis très impressionnée et l'encourage. Il a même la gentillesse de me demander comment je vais. Vraiment trop fort. Une quinzaine de minutes plus tard Benat Zubilaga (Espagnol), suivi de Kartheebaan Nagenthiraja (Danois), me rattrapent, déjà dans l'ordre du podium masculin du K350.

Dans la descente, je reprends un peu de vitesse et aperçois Anna. Elle est désormais juste devant moi et je vois qu'elle m'attend. J'accélère pour la rattraper et on commence à discuter. On va courir ensemble un long moment, côte à côte, en se racontant des histoires de filles et de courses. Parfois en allemand, parfois en anglais. Très sympa.

Je l'attends dans la descente vers le R2 (Eichhöhe, 25 km, 685 m) et on décide d'essayer de rester ensemble. Je commence à sentir la fatigue. J'en au un peu marre malgré le parcours en forêt très joli. Il me rappelle d'excellents souvenirs de l'éditions 2007. Je marche dans les montées pour laisser Anna me rattraper. Je savoure mes mini sandwichs pumpernickel/tofu/marmite.

Swiss Jura Marathon 2009Après une longue descente, j'arrive seule au R3 (Gempen, 38 km, 676 m). Là, je n 'ai plus qu'une chose en tête : terminer. Je demande donc aux bénévoles de transmettre le message à Anna que je ne peux plus l'attendre. J'ai juste envie d'arriver, de retrouver mon homme et de me jeter dans ses bras. Je monte la dernière bosse en marchant, histoire de digérer le dernier petit morceau de banane.

Swiss Jura Marathon 2009Puis commence la descente. La dernière descente. Je me rappelle y avoir crié de bonheur il y a deux ans. J'essaye de me relâcher mais je ne peux plus relancer. Je double pas mal de coureurs, du K175 et du K350 (groupes de 6h30 et 7h). Même si je suis morte, ça fait du bien au moral. J'enchaine les lacets. J'attends les rives du Rhin avec impatience. Non pas que je me réjouisse de ce passage plutôt ennuyeux, mais parce que je sais que cela signifie qu'il ne me reste que 7 petits kilomètres à parcourir.

Swiss Jura Marathon 2009 Enfin voilà les berges. je m'offre un dernier carré de chocolat pour fêter ça. Ca fait du bien. Je me concentre juste sur le prochain arbre, le prochain pont. Je me rappelle ce que m'avait dit mon homme : PROFITE ! Alors je prends conscience de ce que je suis en train de réaliser. Et là, d'un seul coup, une vague d'émotions très fortes m'envahit et je suis fière de moi. Les rives n'en finissent pas mais peu importe. Ce que je suis en train de vivre est grandiose. Mais où est donc cette arrivée que je retrouve enfin Kristof ?

Ca y est, le parcours quitte les berges pour monter sur le trottoir. L'arrivée est donc toute proche. Les émotions gonflent en moi comme une boule de feu. Le dernier virage est juste là devant moi. J'hésite entre le rire et les larmes et opte pour les deux en simultané. Je franchis la ligne d'arrivée et m'effondre dans les bras de Kristof, mon homme, mon co-équipier, mon coach, mon supporter. Et j'éclate en sanglots. Des bons gros sanglots qui libèrent cette boule d'émotion et je me laisse envahir par le bonheur simple d'être dans les bras de mon chéri.

Swiss Jura Marathon 2009
Swiss Jura Marathon 2009 Swiss Jura Marathon 2009